« Je ne dis pas que le chanvre sauvera le monde, mais, en tout cas, c'est la seule chose qui puisse le faire. »
- Jack Herer
Le chanvre et le cannabis appartiennent à la famille botanique des Cannabaceae et à la sous-espèce des Cannabis sativa L. La différence entre les deux plantes est donc simplement sa teneur en THC (tétrahydrocannabinol), le principal composé psychoactif. Ainsi, au Canada, on parle de chanvre industriel lorsque les têtes florales et les feuilles contiennent moins de 0,3 % de THC (sur extrait sec). Au-delà de ce seuil, il s’agit de cannabis.

La culture du chanvre industriel est encadrée au niveau fédéral par Santé Canada, en vertu de la Loi sur le cannabis et du Règlement sur le chanvre industriel. Une licence est requise pour cultiver le chanvre ou en faire le commerce. Au Québec, ce cadre fédéral s’applique également, et les activités doivent aussi respecter les règles provinciales pertinentes, notamment celles liées à la production agricole et, s’il y a transformation alimentaire, aux exigences de salubrité sous la responsabilité du MAPAQ.
Le chanvre présente de nombreuses caractéristiques agronomiques qui en font une culture à haute valeur ajoutée.
Son cycle de croissance dure environ 120 à 150 jours jusqu’à maturité, pour atteindre une hauteur pouvant aller jusqu’à 3 mètres. En période de pointe, son rythme de croissance atteint environ 7,5 cm par jour. À titre de comparaison, le blé affiche plutôt un rythme de croissance autour de 0,35 à 0,60 cm par jour. Grâce à sa croissance dense et rapide, le chanvre concurrence efficacement les mauvaises herbes, ce qui peut réduire le recours aux herbicides. Il peut aussi favoriser la présence d’auxiliaires (comme les carabes et certaines araignées), utiles en agroécologie.
Sur le plan environnemental, il est également un excellent capteur et stockeur de CO2 grâce à la photosynthèse. Selon les calculs de l’Association européenne du chanvre industriel (EIHA), la plante pourrait ainsi absorber jusqu’à 13 tonnes de CO2 par hectare récolté (pour comparaison, un hectare de forêt absorbe 15 tonnes de CO2). Son système racinaire, profond, pivotant et fasciculé, contribue quant à lui à une meilleure tolérance aux épisodes de sécheresse et explique pourquoi le chanvre ne nécessite pas d’irrigation systématique.
On s’intéresse aussi au chanvre pour la phytoremédiation. Plusieurs études démontrent qu’il peut absorber certains métaux lourds, et des travaux récents montrent une absorption de certains PFAS. Ce potentiel ouvre la porte à son implantation sur des terres moins adaptées à d’autres cultures, avec l’objectif de contribuer, à terme, à la régénération des sols.
Lors de sa croissance, ses besoins en azote sont modérés (autour d’une centaine d’unités par hectare, ce qui est en moyenne deux fois moins que le colza et le blé). Après la récolte, une partie de l’azote peut aussi être restituée au sol grâce à la décomposition des résidus de culture. En contribuant à améliorer la santé du sol, le chanvre s’intègre donc bien dans une rotation de cultures. Certaines études démontrent d’ailleurs qu’un blé semé après chanvre peut afficher un gain de rendement, parfois de l’ordre de 10 à 20 % selon les conditions.
La culture du chanvre est donc résolument écologique et permet de répondre à 10 des 17 objectifs de développement durable fixés par l’ONU, dont ceux liés à la captation du carbone, à l’économie et à la qualité de l’eau, ainsi qu’au respect de la biodiversité.

Une fois récoltée, la plante permet une valorisation complète de la biomasse pour créer une grande variété de produits. La première matière sont les graines, aussi appelées chènevis, qui représentent environ 10% du poids total de la plante. Ces graines sont utilisées en grande partie pour l’alimentation humaine, consommées soit entières, soit sous forme d’huile, puisqu’elles offrent des bénéfices nutritionnels exceptionnels étant riches en protéines, en fibres, en fibres et en vitamines B et E. Elles peuvent également être utilisées dans l’industrie cosmétique, mais aussi pour l’alimentation animale, plus particulièrement pour l’élevage d’oiseaux et de poissons.
La tige, aussi appelée paille, fournit deux grandes matières premières: la chènevotte et la fibre. La chènevotte représente environ 45 % du poids de la plante et peut être valorisée pour produire du béton de chanvre, de la litière animale ou du paillage horticole. Elle peut aussi être incorporée à des polymères pour créer des matériaux biosourcés légers et performants, offrant une alternative plus durable à certains plastiques conventionnels. Notre membre, Innofibre, a d’ailleurs mené des études pour examiner le potentiel économique du développement de ce type de produits au Québec.
La fibre, quant à elle, représente environ 28 % du poids total de la plante et se prête à de nombreux usages: isolation des bâtiments, plasturgie (notamment pour certaines pièces automobiles), textile, géotextiles et industrie papetière.
Lors du défibrage de la paille, une poussière de chanvre est générée et peut, elle aussi, être valorisée comme ressource énergétique. Elle peut notamment servir de substrat en méthanisation pour produire du biogaz, ou être utilisée en combustion pour produire de la chaleur — et, selon les installations, contribuer aussi à la production d’électricité.

Source : Pôle européen du chanvre
Le chanvre s’inscrit pleinement dans une logique de bioéconomie: il mise sur une utilisation sobre des ressources et de l’énergie, tout en permettant de valoriser presque toutes les parties de la plante. Pourtant, comme le cannabis, il reste parfois freiné par une stigmatisation tenace liée à sa famille botanique. En dépassant les préjugés, on découvre une réalité simple: derrière les mythes, il y a surtout une plante utile, polyvalente et porteuse d’avenir.
Au Québec, le chanvre ouvre la porte à une nouvelle chaîne d’approvisionnement et de transformation. En développant la récolte, le tri, la défibration et la fabrication de produits finis, on crée de la valeur ici, on stimule l’économie locale et on accélère l’innovation dans des secteurs clés, comme les matériaux, l’agroalimentaire et la bioéconomie.
Dans les champs, il représente aussi une voie de diversification agricole. Il peut contribuer à stabiliser les revenus en ouvrant de nouveaux débouchés, tout en s’intégrant à des rotations qui favorisent des sols plus sains et des pratiques agricoles plus durables — un levier important pour la pérennité de nos fermes et de nos régions. Et dans un contexte où les sols contaminés sont un enjeu grandissant, le chanvre suscite également de l’intérêt pour la phytoremédiation: une piste prometteuse pour contribuer à l’assainissement de certains sites tout en valorisant la biomasse produite.
Enfin, pour l’industrie de la construction, le chanvre permet de proposer des solutions écologiques de pointe, notamment grâce aux isolants, aux panneaux et au béton de chanvre, reconnus pour leurs propriétés de performance et de durabilité. Au-delà des avantages liés à la plante, ces matériaux offrent aussi des bénéfices recherchés pour le confort et la santé des bâtiments: ils n’émettent pas (ou très peu) de COV selon les formulations, contribuent à réguler l’humidité, apportent une bonne inertie thermique et présentent un comportement intéressant au feu lorsqu’ils sont mis en œuvre selon les règles de l’art. La filière a donc le potentiel de réduire l’empreinte environnementale du secteur, tout en développant des options locales capables de mieux répondre aux défis climatiques de demain.
L’AQIC agit comme un point de rassemblement et de structuration pour la filière du chanvre au Québec. Nous rassemblons les acteurs et travaillons à créer des conditions gagnantes pour accélérer le développement de la production, de la transformation et des débouchés — au bénéfice de nos régions.
Ce que nous défendons:
Vous êtes producteur, transformateur ou partenaire de la filière? Joignez-vous à l’AQIC pour accélérer le développement du chanvre au Québec.
Chargement en cours...